Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/pourquoi-fait-on-sonner-les-cloches-12-08-2015-65667_16.php

" Le 4 juillet 1894

Objet : Bellou sur Huisne, clocher-difficultés

Monsieur le Préfet

En vous retournant la lettre communiquée ci-jointe, j’ai l’honneur de vous adresser le rapport que vous m’avez demandé, tant sur les difficultés survenues dans la commune de Bellou sur Huisne, par suite du refus opposé par la municipalité à la pose de cloches dans le clocher de l’église, que sur l’attitude et les agissements de M. l’abbé Bertrand, desservant de cette commune.

A la fin de l’année 1893, après une longue discussion, le Conseil municipal, par une délibération en date du 26 mars 1894, et à la majorité de 6 voix contre 4 (deux absents) repoussa la demande du conseil de fabrique.

Il n’est pas inutile de (préciser) que sur les 4 membres de la minorité, 3 font partie du Conseil de Fabrique ;

La majorité justifiait son refus de laisser placer 3 cloches par la crainte d’ébranler la solidité de la tour qui porte des traces très visibles de crevasses bouchées. En l’absence d’une garantie effective soit de la Fabrique, soit de l’architecte, (elle) ne voyait pas la nécessité d’exposer la commune à une catastrophe financière qui serait la conséquence de la chute de la tour.

Elle estimait enfin que pour une commune de 700 habitants, une cloche de dimension moyenne était bien suffisante, et elle demandait la continuation d’un état de choses qui dure depuis de longues années, et dont personne ne s’était plaint avant l’abbé Bertrand.

Le dimanche qui suivi la réunion du conseil municipal, celui-ci critiqua en chaire et en termes peu mesurés la décision prise par le Conseil, en exprimant le désir et l’espoir de le voir revenir sur sa détermination ;

Le 8 juin dernier, à la fin de la séance du Conseil municipal, la même demande fut renouvelée, et à la majorité de 6 voix contre 5, l’assemblée communale confirma sa première résolution.

Tels sont les faits ……..

Le sous préfet de Mortagne au Perche "

[Archives départementales de l’Orne]

LES CLOCHES DE BELLOU

La cloche Antoinette datait de 1840 : son parrain était Charles Achille Bonin de la Bonninière de Beaumont (BBB) (1779-1871), et sa marraine Blanche Antoinette Renée BBB. Son diamètre était de 1,05 m.

En 1893, le curé de Bellou, l’abbé Bertrand, constatant que cette cloche était fêlée, proposa à la Fabrique l’achat de 3 cloches.

Le débat s’envenima en 1894 au sein du conseil municipal, qui refusa ce projet, prétextant le risque d’atteinte à la solidité du clocher [Ndr : chute du clocher de Mortagne en 1890 ], et le fait que la dépense semblait exorbitante pour une commune de 700 habitants

La municipalité semblait partagée, d’après un courrier du sous préfet : 6 voix opposées à la pose de nouvelles cloches, et 4 favorables, dont 3 membres de la Fabrique

L’abbé Bertrand eu alors l’idée de passer outre, profitant de la vague d’amitié franco-russe, en demandant directement une aide financière au conseiller de l’ambassade de Russie à Paris, le comte de Giers. Il était probablement soutenu en cela par les milieux catholiques ornais. Il court-circuitait ainsi l’obligation de passer par le sous préfet, représentant le Ministre des Cultes, autorité hiérarchique du desservant depuis le Concordat.

Le curé de Bellou utilisait ainsi habilement les contradictions nées du rapprochement stratégique entre la France anticléricale et laïque de la III è République et l’empire russe, autocratique, dont l’un des piliers était la religion et le clergé orthodoxes.

Le sous préfet ne put que déplorer la désobéissance du curé, mais l’obtention d’un don auprès du nouvel allié russe ne pouvait être ouvertement critiquée.

Il est à rappeler que 2 ans plus tard, en 1896, lors de la fonte des 3 cloches, le parrain de la grosse cloche était le maire de Bellou et sa marraine l’impératrice douairière de Russie. C’est en 1896 qu’eut lieu le voyage triomphal à Paris du tsar Nicolas II, nouvellement désigné après le décès de son père Alexandre III, et de l’impératrice Alexandra. A cette occasion fut posée la première pierre du pont Alexandre III, créé en l’honneur du tsar décédé en 1894, et se déroulèrent les plus grandes festivités jamais organisées par la République en l’honneur d’un monarque.

En 1896, la fonderie Cornille Havard de Villedieu les Poêles (Manche) livra 3 cloches, probablement transportées par le train jusqu’à Bellou. Le réseau ferré d’Alençon à Condé, via Bellou, date de 1872. Avant l’extension du réseau ferré, les fondeurs étaient itinérants et fondaient les cloches sur place.

Anna Maria Françoise, Ø 95 cm, 534 kg, pour donner le sol, parrain : Comte Jules François BBB, maire de Bellou,(1827-1902), marraine S.M. l’impératrice douairière de Russie Maria Feodorovna, représentée par la comtesse Anna BBB (1834-1928).

Maria Julia Adolphine, Ø 85 cm, poids 385 kg, pour donner le la, parrain abbé Adolphe L’Hereteyre, curé, doyen de Moulins la Marche et ancien curé de Bellou, marraine Herminie Maria, veuve de Charles Narey, colonel d’artillerie.

Albertine Renée Berthe, Ø 77 cm, poids : 283 kg, pour donner le si, parrain René Edmond Branchard, marraine : Albertine, Léonie, Eugénie Tousche.

Le règlement des cloches par la Fabrique de Bellou a été effectué « à tempérament », au moins du 31/12/1899 au 22/10/1902, par huit versements de 56 F, 44 F, 100F, 108 F, 42 F, 50,50F, 80F, 70,50F, soit 551 F. D’après le courrier du sous préfet, l’ensemble des dons atteignait à un moment 3000 F.

Les lettres du sous préfet parlent de la vente de pièces de dentelle par les « dames d’Alençon », ainsi que de divers autres dons.

UNE QUERELLE DE CLOCHER !
Tag(s) : #Cloches de l'église de Bellou, #Cornille-Havard Villedieu-les-Poêles, #De Beaumont, #Alliance franco-russe, #Romanov, #Révolution russe, #Monarchie danoise