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Si les cartes et plans d’avant le XVIIIe siècle nous apparaissent déformées, voire “naïves et fantaisistes”, c’est parce que nous y cherchons ce pour quoi elles n’ont pas été faites : la représentation géométrique du territoire.

Par contre, si les cartes et plans du XVIIIe siècle nous sont si proches, c’est parce que, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, la carte bascule du côté d’un nouveau mode de représentation qui n’a depuis presque pas changé.

La représentation géométrale par la triangulation

Cette représentation s’appuie sur la méthode de la triangulation et de la mesure constante : on peut déterminer une distance inconnue en calculant la longueur de deux côtés connus d’un triangle, et en mesurant deux angles de ce triangle.

Cela va aussi permettre de représenter des superficies sur le papier, en changeant d’échelle, et aussi de mesurer le méridien terrestre : on va pouvoir calculer la circonférence de la terre.

La France va tirer profit de l’absolutisme de Louis XIV pour porter le modèle vers sa perfection. La qualité des instruments scientifiques va s’améliorer considérablement, permettant des mesures d’angle d’une précision remarquable.

Une partie de l’effort de la géographie et de la cartographie des XVIIe et XVIIIe siècle est donc tendu vers la connaissance de ces données qui doivent permettre des représentations exactes en distances entre les lieux: cela amènera à la nécessaire mise en place du système métrique.

Pourquoi dresser une carte de France ?

Colbert, dans un souci d’administration du territoire, décide de reboiser les forêts royales en 1663, en s’appuyant sur leur cartographie, afin d’établir un plan d’équipement de la marine royale. De même, la surveillance des côtes de Bretagne et la répartition des différentes capitaineries se construit sur la carte. Dès lors une cartographie de la France devrait permettre sa gestion sur le long terme.

En 1664, l’observatoire de Paris est créé et un premier pourtour du royaume va être dressé par l’abbé Picard qui offre ainsi une “carte rectifiée de la France” (1682).

La production de divers types de cartes : Cassini ou Trudaine ?

Le symbole de cette période est la carte des Cassini, ou plus précisément leur seconde carte: c’est la première carte scientifique de grande ampleur. Non seulement l’œuvre des Cassini s’appuie sur un grand nombre de points pour sa triangulation, mais en plus elle procède à une enquête toponymique.

Il s’agissait avant tout de dresser une carte de la France exacte en distances, et donc ici en surfaces. Seule importe réellement les points d’appui des triangles et la distance qui existe entre -eux. Le reste n’est que remplissage.

Le réseau viaire est mal représenté, seuls les plus grands axes sont là, et encore de façon peu précise. Cassini précise que la rapidité du changement des routes, au moment où l’institution des Ponts et Chaussées se met en place, est telle que sa représentation n’aurait aucun sens.

Un autre projet est celui de « l’Atlas de Trudaine », autre projet de carte de France qui se limiterait aux routes. Le contrôleur général des Finances Orry est en partie à l’origine de ces deux cartes, au début des années 1730.

Seuls les éléments utiles aux ingénieurs y sont mentionnés précisément, le reste n’est que du remplissage: les cartes des Chasses du Roi relèvent, de ce point de vue, de la même logique.

Le projet de Cassini souhaite produire un cadre général qui offre la forme, les surfaces et les distances à l’échelle de la France : ce n’est qu’ensuite que des cartes de provinces seront dressées.

Pour l’atlas de Trudaine, comme pour les terriers et les cadastres, on part du rassemblement de plans locaux détaillés, qui permet la création d’une carte générale : on vise l’utilité technique dans le cadre d’une gestion territoriale: il s’agit là d’une différence fondamentale.

Tag(s) : #Atlas de Trudaine, #Carte de Cassini, #route royale